Valeur et respect…

Imaginez un garçon de 12 ans qui se prépare à la puberté; les bras trop grands pour son corps maigrichon, la voix qui passe par toutes les modulations dans la même phrase, la face pleine de boutons, les cheveux frisés mais qui ne peuvent se peigner quelle que soit la mode et une timidité maladive qui lui fait longer les murs. Pas vraiment l’exemple type du « all American boy » des films d’ado! Son seul atout, il est un sportif accompli, il est bon dans tous les sports mais n’excelle dans rien. Il est l’exemple parfait du pré-adolescent moyen. Il ne fait pas partie des meneurs ni des victimes, il est un « suiveux », espèce de caméléon qui se transforme selon son entourage pour ne pas faire de vagues. Entouré de meneurs, il suit les autres. Parmi les victimes, il se fait discret pour ne pas être étiqueté comme tortionnaire non plus. Il est semblable à tous à une différence près, ses parents lui ont inculqué de bonnes valeurs et enseigné le respect. Les valeurs sont simples, celles de l’époque; les valeurs Judéo-chrétiennes qui englobent un peu de tout comme ne pas voler, tricher, humilier (ce qui ne lui viendrait jamais à l’esprit, lui si gêné), être généreux, avenant, aimer son prochain. Bon, il n’est pas toujours facile de mettre en application ces valeurs mais on sent un effort de sa part. Vient le respect. Tu dois respect à tes parents et aux adultes en général. Tu dois respecter la nature car elle te donne à manger en la cultivant ou en prélevant les animaux dont tu as besoin pour te nourrir et te vêtir. Tu dois respecter tes camarades de classe et tu dois te respecter toi-même car si tu ne te respectes pas, personne ne le feras. À cette époque personne ne parlait de bullying ou de harcèlement, il y avait les durs ( les bums) et les mous et entre les deux, les … mi-mous ou mi-durs, c’est selon. Je me souviens, nous étions en septième année et la fin des classes approchait. Le mois de mai avait ramené le « ballon-chasseur » dans la cour d’école et nous nous amusions ferme lors des récréations. Cette année-là nous avions dans notre classe N.T., un garçon de 18 ans handicapé intellectuel qui avait doublé chacune des années du primaire. Un garçon ayant un déficit intellectuel évident mais qui était accepté et aimé de tous. Lui aussi était efflanqué, il portait des lunettes si épaisses qu’on aurait dit des fonds de bouteille et de surcroît, avait des problèmes d’élocution. Un jour, à la récréation alors que nous jouions au ballon-chasseur, A.B., ma mère aurait dit : « un espèce de petit malfaisant » eut la brillante idée de lancer volontairement et violemment le ballon en pleine face de N.T., lui éclatant les lunettes en pleine figure. Certains des amis d’A.B. trouvèrent la chose très drôle mais la majorité resta figée sur place ne sachant que faire face à cette agression aussi brutale que gratuite. Les rires et les moqueries de A.B. ont vite fait réaliser à tous et chacun que le geste était intentionnel. Le timide boutonneux que j’étais en a eu trop et j’ai sauté sur A.B., je l’ai plaqué contre la clôture de broche qui entourait l’enceinte, le tenant de la main gauche à la gorge, le poing droit levé prêt à le frapper. Je lui ai dit ses quatre vérités avant de le laisser tomber au sol. J’avais senti un bras me retenir par l’arrière et quelqu’un qui me disait : « ne le frappe pas il n’en vaut pas la peine », c’était N.T., le visage ensanglanté tenant ses lunettes brisées dans son autre main. Un professeur est intervenu et j’ai été puni pour mon geste tout comme A.B. Cette fois, la majorité silencieuse avait parlé. Rien à voir avec se qui se passe aujourd’hui dans nos cours d’écoles me direz-vous? Au contraire. Les temps ont changé certes mais pas les grands bras ni les boutons pas plus que le reste. Les valeurs ne sont plus la propriété d’une seule religion mais sont restées les mêmes et le respect demeure tout autant d’actualité qu’à l’époque. Mes parents m’ont félicité d’avoir défendu mon ami mais réprimandé d’avoir répliqué au professeur. J’ai appris la leçon et aujourd’hui, j’ai choisi de la partager pour que vous puissiez dire à vos enfants que la majorité n’a pas toujours à être silencieuse. Si vous rencontrez un peintre au talent extraordinaire qui a des difficultés d’élocution et dont les initiales sont N.T. S.V.P dites-lui que je le salue.