Retourner à la base et retour aux sources

La semaine dernière, j’étais à la pêche sur le lac Portneuf au cœur du Croissant Vermeil.
Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’un endroit paradisiaque pour la pêche à la truite mouchetée au beau milieu des Monts-Valins dans la région du Saguenay-Lac-St-Jean.
C’est un pèlerinage annuel que je fais depuis 1986. Depuis 1989 cependant, le petit voyage de pêche familial s’est transformé en gigantesque aventure à laquelle participaient 18 personnes cette année.
D’un groupe de cinq amis à l’origine, nous sommes passés rapidement à dix pour maintenant nous retrouver près d’une vingtaine à partager un même plaisir coupable.
Le plus amusant dans cette aventure est que la plupart des pêcheurs n’en étaient pas à l’origine.
Je me souviens qu’à cette époque, j’étais un pêcheur assidu. J’allais, presque à chaque fin de semaine, pêcher avec mes frères dans des lacs de la région de Lanaudière.
Je lisais tout ce qui s’écrivait sur la pêche et je me renseignais sur tous ses aspects. J’ai appris la pêche à la mouche, à en  fabriquer, les techniques de pêche selon les saisons, les températures, les lieux de pêche. Rien ne m’échappait.
J’avais une réelle passion pour ce sport ou ce loisir et je me faisais un malin plaisir de la transmettre aux néophytes qui le souhaitaient.
Année après année, le groupe a grandi et les plus aguerris montraient aux nouveaux qui à leurs tours enseignaient leur savoir aux remplaçant occasionnels.
Certains se faisaient tirer l’oreille : « Je n’ai jamais pêché de ma vie, je ne connais pas cela , je n’ai pas d’équipement, j’aime pas le poisson, j’ai trop de travail à cette époque, etc. »
Les réponses étaient toujours les mêmes : « On va te montrer, c’est facile; ça s’apprend vite; on va te prêter l’équipement, on en a tous en double et en triple; t’es pas obligé d’en manger, même pas d’en prendre, seulement de relaxer et apprécier le moment présent; est-ce que tes affaires vont s’écrouler si tu prends quelques jours? »
Et, bon an mal an, depuis ce temps, des duos de pêcheurs se sont succédés et le nombre a grandi.
Heureusement, la pourvoirie aussi et peut nous accueillir en plus grand nombre.
Tous les gens trop affairés, qui n’avaient jamais pêché ou n’aimaient pas le poisson sont maintenant des assidus et rien au monde ne leur ferait manquer cette période de ressourcement.
Ces moments sont d’une importance capitale pour les gens pressés, stressés, qui mènent des vies à 100 à l’heure. C’est pour moi l’occasion de décrocher, faire le vide, ne penser qu’au moment présent et au bonheur de me retrouver entre copains dans un seul but : me libérer l’esprit des tracas quotidiens et refaire le plein d’énergie pour les mois qui viennent.
Voilà pour le retour aux sources mais cette année, mon partenaire de chaloupe et de chambre, lorsque je ne ronfle pas trop, m’a permis aussi de faire un retour à la base.
Daniel, qui lors de son arrivée parmi nous n’avait jamais pêché, a été mon pupille.
Il a bien eu quelques autres partenaires mais nous sommes jumelés depuis maintenant plus de 15 ans. Il est le compagnon parfait pour moi car nous partageons, du moins pour la pêche et le séjour, la même philosophie.
Toujours est-il que Daniel, en fin observateur, m’a vu au fil des ans modifier ma façon de pêcher et plus particulièrement ma façon de ferrer à cause des autres pêches que je faisais. (achigan, brochet, doré, maskinongé)
J’en étais venu à rater mon ferrage une fois sur deux et même plus.
Son commentaire a été bref mais clair : « Tu ferres comme un enragé. C’est comme si tu voulais lui arracher le squelette! »
Nous nous sommes écroulés de rire comme deux parfaits complices mais la leçon a porté fruit.
L’élève avait dépassé le maître ou du moins en était-il devenu l’égal car à la pêche, il n’y a pas de maître sinon le poisson.
L’important est de savoir reconnaître quand il faut retourner à la base car parfois la différence entre la réussite et l’échec est une question de détail fondamental oublié.
Bonne pêche!