Problèmes ou préoccupations?

Je sais, vous êtes en beau joual vert, nous n’avons pas d’été et le temps maussade commence à vous tomber sur les nerfs. Même moi qui suis un éternel optimiste, je commence à en avoir marre. Faut dire qu’autant d’humidité ne fait pas tellement de bien à mes vieux genoux endommagés.
Heureusement, enfin si je puis dire, je me suis permis une escapade la semaine dernière au pays de la chaleur sèche : l’Arizona.
Le congrès annuel américain des conférenciers professionnels s’y tenait et j’en ai profité pour faire le plein de soleil. Il faut dire qu’à 46 degrés Celsius à l’ombre, j’ai plutôt fait le plein d’ombre chaude que de soleil ardent.
J’en ai profité aussi pour faire le plein d’énergie et me ressourcer.
Les conférences et ateliers ont comblé certains vides mais le contact renouvelé avec mes amis conférenciers de partout à travers le monde a été la partie la plus chaleureuse du voyage.
Plus que le soleil de Phœnix ou la sauce piquante des aliments.
Parmi les allocutions qui m’ont le plus marquées, il y a celle de Nando Parrado, offerte le lundi midi.
Fernando « Nando » Parrado est un des survivants d’une catastrophe aérienne survenue en octobre 1972, il y a presque 37 ans déjà.
Lui, ses collègues membres d’une équipe de soccer de L’Uruguay ainsi que des membres de leurs familles, dont la sœur et la mère de Nando, étaient partis en avion pour une compétition sportive au Chili. L’avion ne s’est jamais rendu à destination. Des 45 passagers et membres d’équipage qui étaient sur le vol, 16 seulement ont réussi à survivre à leur horrible cauchemar.
Certains ont peut-être lu le livre Miracle dans les Andes ou vu le film : Les Survivants (v.f. de Alive) de Frank Marshall qui relate la terrible épopée des 16 survivants qui, malgré tous les obstacles et le peu de chance qu’on leur donnait, ont défié le destin et réussi à demeurer en vie.
Le lire ou le voir à l’écran recréé est une chose mais se le faire raconter par un survivant, et non le moindre, avec force détails est plutôt troublant.
Il nous a décrit la situation infernale qui prévalait, les blessures, le froid glacial, les morts, famille et amis qui gisaient près d’eux.
Le fait qu’ils eurent à se plier au cannibalisme pour survivre en fait un récit surréaliste mais qui a, en réalité, tous les éléments pour revenir à l’essentiel : La survie.
Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour survivre? Lorsqu’il est question de vie ou de mort, les choix sont-ils plus faciles? Qu’aurais-je fait à leur place, à sa place? Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre tant et aussi longtemps que nous ne nous retrouvons pas face au choix inévitable.
Quelques personnes n’ont pas assisté à sa conférence prétextant qu’il était question de cannibalisme dans son récit et que ces gestes ne se conformaient pas à leurs valeurs.
J’en conviens. Mais il y a des exceptions à suivre ses valeurs et parmi celles-ci, il y a  les circonstances. Les circonstances par lesquelles nous devons passer pour choisir et lorsqu’il est question de vie ou de mort, ces circonstances peuvent modifier nos choix en rapport à nos valeurs.
Cette histoire nous rappelle trop bien que peu importe les valeurs que nous véhiculons, il pourra toujours se trouver une exception mais que celle-ci se doit d’être à la hauteur de l’entorse que l’on fait à ses valeurs.
En complément, Nando nous a dit que depuis ce temps, il n’avait plus jamais eu de problèmes, seulement des préoccupations. (I don’t have problems anymore, only issues)
Je suis allé le rencontrer pour le remercier d’avoir permis de remettre en perspective bien des problèmes auxquels j’avais à faire face.
Il en a été de même pour la très grande majorité des participants et ce, pour notre plus grand bien.
Lors du retour, le mercredi, une personne a égaré momentanément son passeport et son billet, une autre a été changée de siège sans son consentement et nous sommes passés de 46 degrés Celsius à 16 degrés, une baisse de 30 degrés mais dans le fond, ce n’étaient pas des problèmes mais des préoccupations.