Pousser l’aiglon hors du nid
Lors de ma marche matinale quotidienne, j’entends depuis quelque temps, les piaillements des petits oiseaux dans leurs nids qui attendent impatiemment le retour de leurs parents pour les nourrir. Je n’ai d’ailleurs jamais compris ce comportement de leur part. Ce faisant, ils donnent leur position à tous les prédateurs qui se trouvent aux alentours.
Par contre, les mammifères tels les faons, les gazelles et les antilopes ont développé l’approche opposée; tant et aussi longtemps qu’ils ne sont pas assez rapides et que leurs réflexes ne sont pas assez vifs, ils se terrent dans les fourrés aidés par leur camouflage, sans émettre un son jusqu’au retour de leurs mères.
Je m’éloigne de mon sujet mais simplement pour faire cette parenthèse : si les oiseaux étaient aussi intelligents que nous, ou même les faons ou les gazelles, ils ne crieraient pas à tue tête alors qu’ils sont les plus vulnérables.
Ces cris donc, m’ont remis à la mémoire un documentaire formidable de « National Geographic » si je ne m’abuse, que j’ai vu il y a fort longtemps et où les parents de trois aiglons, après les avoir bien nourri et protégé pendant leur enfance, leur enseignaient l’art de voler.
Ils leur ont montré patiemment à déployer leurs ailes, les faire battre vigoureusement jusqu’à ce que chacun arrive presque à décoller du nid.
Après quelques jours de tentative, les deux premiers réussirent à s’envoler majestueusement dans le ciel et ce, presque sans efforts, se laissant porter par les courants ascendants de l’air environnant.
Les deux jours suivants, tous se mirent à la tâche et tentèrent de faire décoller le « petit dernier » qui n’osait toujours pas. De guerre lasse et probablement en toute connaissance de cause, nous avons vu un des adultes pousser littéralement le retardataire en bas du nid.
Quelle horreur me direz-vous. Hé bien non. Aussitôt qu’il a perdu pied, le troisième aiglon s’est élancé tout aussi majestueux que ses frères ou sœurs.
Pourquoi je vous raconte cette histoire? Tout simplement parce que maintenant que nous savons voler, il est de notre devoir d’aider les autres à se lancer et ce même si parfois la chose peut nous sembler difficile comme de pousser son enfant dans le vide.
Comme disaient souvent nos ancêtres : « c’est pour son bien »
Si je vous raconte tout cela, c’est que Jean, un ami précieux, un jour a eu à prendre une très grande décision qui affecterait le reste de sa vie. Jean était secrètement amoureux d’une jeune fille fort belle et pleine de potentiel avec laquelle il travaillait. La différence d’âge entre les deux était telle qu’il se résigna à l’aimer comme sa fille plutôt que comme sa maîtresse.
Un jour, elle eut une offre fort intéressante d’aller travailler outre Atlantique et elle demanda conseil à Jean qui avait toujours été pour elle le guide parfait.
Après mûre réflexion et ayant soupesé tous les tenants et aboutissants, sa conclusion était sans équivoque : s’il l’aimait, il devait la laisser aller afin qu’elle prenne son envol.
Pour une première fois, elle hésita à suivre ses conseils. La peur la tenaillait. Allait-elle le revoir? Serait-elle à la hauteur? Et si cela ne fonctionnait pas? Et ainsi de suite, vous connaissez le topo.
Jean l’a finalement convaincue d’accepter l’offre à son propre détriment mais il savait que c’était LA chose à faire et que … c’était pour son bien.
Colleen est partie pour l’Angleterre. Les deux avaient des sentiments mitigés mais chacun avait la conviction de poser le bon geste.
Depuis ce temps, Colleen a travaillé pour le multimilliardaire Richard Bronson de la compagnie Virgin, participé à des œuvres humanitaires en Afrique à ses côtés, elle a frayé avec les plus grands de ce monde, rencontré l’amour de sa vie, bref, mène une vie extraordinaire.
Elle n’a cependant jamais oublié qu’un jour, quelqu’un l’a aimée assez pour la pousser hors de son nid douillet et pour ce, elle lui en sera éternellement reconnaissante.
Jean, Colleen te fait dire bonjour. |