Laisser sa trace

La fin de semaine dernière, je suis allé me ressourcer avec ma femme dans une auberge Québécoise. Malgré la température plutôt glaciale, enfin pour certains, nous nous sommes promenés dans un sentier aménagé. En silence, j’examinais les traces laissées dans la neige. Les nôtres bien sûr, mais aussi celles laissées par les autres randonneurs ; les traces de patin de la carriole, les marques de fer des chevaux, les Y d’un oiseau et les empreintes caractéristiques d’un lièvre. Chacun laissait la trace de son passage dans la neige. Je n’ai pu m’empêcher de penser au fait que dans quelques mois seulement, tout cela sera effacé. Il ne restera plus de trace de notre passage.
De retour chez moi je me suis installé dans mon fauteuil préféré tout en continuant mes réflexions, passant du sommeil à la rêverie. La détente totale quoi! Machinalement j’ai ouvert le téléviseur car je me suis souvenu que c’était le match des Étoiles de la LNH. J’ai regardé et écouté parfois d’un œil distrait, parfois d’un œil attentionné les diverses activités. Puis vint le match proprement dit et c’est là où j’ai véritablement pris plaisir à regarder, écouter, mais surtout ressentir ce qui se passait. Le match n’avait aucune importance et ne passera d’ailleurs pas à l’histoire sauf peut-être pour les dernières minutes. Non, ce qui à mes yeux, avait de l’importance était d’un tout autre ordre. Bien sûr, nous retrouvions sur la glace certains des meilleurs joueurs de la Ligue, des légendes en devenir, des héros pour certains jeunes, des émules à imiter pour d’autres et l’espoir pour d’autres encore. Pour moi, dimanche, ceux qui m’ont fait vibrer n’avaient pas d’uniforme, pas de patin ni bâton. Ils avaient des cheveux blancs, une démarche parfois hésitante, les traits tirés, les mains si sûres à l’époque étaient tremblantes, voire malhabiles. Ceux qui me connaissent bien savent que je suis un être sensible - certains diront trop - ayant la larme facile, alors dites vous que les papiers mouchoirs se sont succédés à un rythme effréné. Mes plus beaux moments sont venus lors de la mise au jeu protocolaire et lors des arrêts de jeu. Que l’on présente les deux capitaines les plus marquants de l’histoire du CH pour effectuer la mise au jeu protocolaire et ensuite lors des arrêts de jeux, les joueurs ayant fait les beaux jours de cette grande dynastie qu’est le Canadien de Montréal m’a littéralement bouleversé. Je revoyais monsieur Béliveau avec ses feintes magiques, capitaine Bob qui se défonçait à chaque match, Henri Richard dit le « Pocket Rocket » en référence à son frère que certains appelaient avec dédain « le frère de l’autre » et qui est pourtant l’homme qui a le plus de bagues de la Coupe Stanley avec 11, Yvan Cournoyer, Serge Savard, Doug Harvey… Je me suis demandé pourquoi j’étais aussi ému de les revoir. Pourquoi me touchaient-ils autant après tant d’années? La réponse est pourtant fort simple. Ces gens ont laissé leur trace dans mon cœur, dans ma mémoire, dans mon âme. Les feintes, les coups de patins et les lancers sont disparus depuis bien longtemps sur la glace mais dans nos mémoires résonnent encore les sensations qu’ils nous ont fait vivre et les sentiments qu’ils nous ont inspirés. Ce matin, je repense à tous ces gens qui sont passés et sont encore dans ma vie parce qu’ils y ont laissé leur trace. Maurice, Jean-Guy, Claude, D’Assise, Gilles, parents, amis, mentors, patrons, employés, qui, à leur façon m’ont permis de grandir en de m’épanouir. Ce matin, je vous propose à votre tour de laisser votre trace dans le cœur de quelqu’un. Tous ne peuvent avoir une statue à leur effigie ou leur nom au Temple de la Renommée d’un sport ou dans l’Histoire mais chacun de nous peut laisser une trace indélébile dans le cœur des gens qui nous entourent car voyez-vous, toutes ces étoiles, ces gens célèbres, ces demi-dieux ont des idoles qui sont totalement inconnues du public et qui ont à leur tour laissé leur marque et inspiré ceux que nous vénérons. À nous de laisser la bonne trace.