La génération qui en sait plus que ses parents

La semaine dernière, ma femme a vu son ordinateur rendre l’âme, du moins croyait-elle. Désespérée, pour ne pas dire prise de panique, elle téléphone à notre fils pour qu’il la sorte de sa misère. David n’est pas un expert en électronique ni en ordinateurs, il est plutôt un spécialiste de l’animation 3D pour le cinéma. Bien sûr il connaît le fonctionnement des ordinateurs mais sans jamais les avoir véritablement étudiés, du moins de façon académique. Trente secondes plus tard et après avoir exécuté à la lettre les ordres de notre fils, Mado retrouve le sourire. « Mon ordi est fini mais David va pouvoir récupérer mes données. Et la femme sombre que j’avais rencontré quelques minutes auparavant est redevenue souriante comme à l’habitude. Elle avait, bien entendu sauvegardé la majorité de ses données sur un disque dur amovible mais les huit dernières heures de travail et tout ce que cela implique étaient en jeu.
Cela me rappelle l’époque où j’étais jeune. Dans notre cas, ce n’étaient pas des ordinateurs, c’étaient les autos. Aussitôt en âge de conduire, et parfois avant, nous démontions et remontions des voitures. Nous étions de bons bricoleurs mais nous n’étions pas des mécaniciens pour autant. Aujourd’hui, toute personne née après 1984 est un expert en ordinateur. Bon, j’exagère encore, je sais, j’ai cette tendance à m’emporter lorsqu’il s’agit de la jeunesse. Je lis et j’entends tellement de choses négative sur cette jeunesse que je me sens le devoir de remettre les pendules à l’heure.
D’entrée de jeu, je vous dis que j’ai un préjugé favorable envers eux. Là, vous ne pourrez pas dire que vous n’êtes pas avertis. Les jeunes de nos jours ont à apprendre et à maîtriser bien plus que ce que nous avions à retenir à notre époque et ils le font. Leur esprit est malléable et ouvert et ne demande qu’à être rempli de notions. J’ai dit rempli et non bourré car comme il circule plus d’information sur tous les sujets qu’à aucune autre époque, ils peuvent vérifier, contre-vérifier et s’enquérir de l’opinion des autres avant de faire la leur et ce, en moins de temps qu’il n’en faut pour taper ciseaux sur le Web. Ces jeunes sont nés avec un ordinateur dans leur berceau, une manette de jeu dans une main et une souris dans l’autre. La souris a d’ailleurs presque remplacé les chats, les chiens et les hamsters comme animaux de compagnie. Mes enfants m’ont enseigné à programmer le micro-ondes, le répondeur, le lecteur vidéo puis DVD et maintenant Blue RayÓ, la télé, le cinéma maison, mon PalmÓ, mon téléphone cellulaire et j’en passe. Je ne vous dis pas à quelle vitesse ils peuvent installer un logiciel ou « dobogguer » un ordinateur, j’en suis gêné. On a souvent pensé que l’ordinateur et les jeux vidéo rendaient nos enfants abrutis et passifs. Bien au contraire, ces jeux les rendent plus éveillés, plus informés et mieux préparés à ce que sera leur vie. Nous voulions les préparer pour ce qu’était notre vie mais à la vitesse où vont les choses, je crois qu’ils ont une longueur d’avance sur nous et nous ne pourrons les rejoindre. Est-ce à dire que nous ne sommes plus bons qu’à jeter à la ferraille ou au recyclage? Bien sûr que non. Ce que nous devons faire cependant, c’est nous adapter. Adapter nos écoles à leur façon d’apprendre, adapter nos usines à leur façon de produire car dans très peu de temps, ce seront eux qui seront nos leaders et qui assureront notre survie. Ce qui me soulage par contre, c’est le fait qu’à leur tour, ils se feront dépasser par leurs enfants comme nous avons dépassé nos parents.
Récemment, j’ai réalisé que mes enfants qui me posaient des questions à tout bout de champ étaient maintenant ceux qui répondaient à mes interrogations. Ce doit être ça le début de la sagesse; savoir que l’on ne sait en fait que très peu de choses mais avoir la conviction qu’un autre a la réponse quel que soit son âge.