Ces enfants que l'on choisit
Jeudi dernier, j’assistais comme à chaque année, au dîner de clôture du Camp d’été du Club Richelieu Repentigny. Il faut dire qu’il s’agit d’un camp de jour très spécial. Le Club R/Repentigny est un organisme qui s’occupe d’enfance fragile. À l’époque de mon entrée au Club, nous les appelions des enfants handicapés. Aujourd’hui, la rectitude politique veut que l’on en change l’appellation et nous avons adopté cette dénomination d’enfance fragile parque que plus représentative et plus inclusive.
Comme à chaque année, les moniteurs et monitrices préparent avec l’aide des enfants, une fête, un spectacle, ma tante disait une séance..
Je me dois de vous expliquer qui sont ces enfants. Ils sont trisomiques, audi-muets, dysphasiques, ayant des troubles graves d’apprentissage, bref, des enfants qui ont besoin d’une attention de tous les instants. Le Camp a donc été créé à cet effet; donner un peu de répit à des parents épuisés qui n’ont de cesse de donner amour et attention à leurs rejetons.
Aucun d’entre eux n’a choisi d’avoir un enfant fragile. Aucun enfant n’a choisi sa maladie.
Par contre, les membres du Club Richelieu et les moniteurs et monitrices ont choisi de s’en occuper et de s’en préoccuper. Je me rappelle ma première fois, en 1988, combien j’étais mal à l’aise, gauche, pour ne pas dire carrément maladroit. Ces enfants pleins d’amour me faisaient des câlins et moi, tout embarrassé, je ne savais que faire. Puis je me suis rappelé que j’avais des enfants et que tout ce qu’ils souhaitent lorsqu’ils nous font un câlin est en recevoir un en retour. Je n’ai plus jamais été le même depuis.
Jeudi dernier, j’ai eu la preuve que la fragilité n’est pas toujours du côté que l’on pense.
Stéfani, la directrice est venue nous dire que chacun des groupes viendraient tour à tour donner leur représentation et qu’à la fin tous se réuniraient pour une grande finale.
À ma souvenance, c’est la première fois qu’il y a un numéro véritablement commun car tous n’ont pas la même capacité ou motricité pour suivre les autres. Les trois groupes se sont exécutés successivement. Chaque participant suivait religieusement les gestes et les paroles des moniteurs.
Les parents accompagnés de plusieurs membres Richelieu et invités spéciaux ont bien apprécié le spectacle. Puis, vint le fameux numéro où tous devaient participer. Les enfants formèrent trois lignes bien distinctes et contrairement aux autres numéros, les moniteurs et monitrices étaient en retrait et non en évidence, de chaque côté du groupe d’enfants comme pour leur dire : « c’est votre numéro pas le nôtre, prenez le plancher ».
Aux premières mesures, j’ai tout de suite reconnu Thriller de Michael Jackson. Sur le coup, je n’ai pas véritablement réagi, me disant qu’ils voulaient probablement lui rendre hommage.
Puis, tout est devenu clair, ce n’était pas un hommage c’était la chorégraphie de la chanson Thriller!!!
Sous la direction de « Michael Marco Jackson » tous ont entamé la danse du cadavre. Marco est un fan des chorégraphies de vidéo-clips. Il en mange, il adore imiter ses chanteurs et chanteuses préférés dans leurs danses les plus loufoques. Alors, tout au long du camp, il a montré patiemment à tous et chacun les mouvements de la chorégraphie. Du saut de crapaud aux claquements de bras en passant par les plus subtiles frémissements des épaules, tout y était et tout ce beau monde suivait.
J’étais bluffé. J’étais sans voix. J’oubliais, Marco n’est pas un des moniteurs, il est un de nos enfants.
Un de ces enfants fragiles qui cette fois était bien plus solide que votre humble chroniqueur car je l’avoue, je n’aurais jamais été capable de suivre, surtout pas dans les subtilités.
Vous décrire la joie et le bonheur que ces enfants ont ressenti alors que nous leur faisions une ovation debout est impossible car ils étaient trop affairés à se faire des « high five » entre eux.
Lu au générique :
Si les prénoms avaient une signification particulière, la moitié du monde s’appellerait SURPRISE! |