De la belle visite
Depuis le 29 août 2009, ont eu lieu les 24e Internationaux de tennis junior de Repentigny et depuis le 27, mon épouse et moi sommes les hôtes d’une joueuse en provenance du Japon, Miyabi Inoue et du coach de l’équipe nipponne, Jun Kato. Nous avions eu le privilège l’an dernier d’avoir le même coach qui accompagnait une autre joueuse et donc, nous étions en pays de connaissance, du moins dans le cas de Jun. Toute la semaine, nous avons vécu au rythme de l’athlète. Coucher tôt, repas copieux mais équilibrés et conversations des plus intéressantes sur tous les sujets.
La chose a été grandement facilitée du fait que Jun parle un excellent français ayant étudié en Suisse alors que son père y était musicien dans un grand orchestre symphonique helvète.
Nous avons d’ailleurs été gratifié de quelques morceaux de musique joués au piano par Miyabi et une pièce jouée à quatre mains par nos invités.
Monsieur Pivot aurait très certainement aimé le beau bouillon de culture.
Après quelques jours de transport de mes invités, je me suis vite rendu compte que Miyabi était très liée à une autre joueuse qui logeait avec son entraîneur dans un motel près de chez moi.
Les deux se servaient l’une de l’autre à titre de partenaire d’entraînement. Un soir, ils sont revenus tous ensemble à la maison, Jun voulait montrer à ses amis la vue sur le fleuve et l’environnement dans lequel ils (Miyabi et Jun) étaient logés.
Voyant la joie qu’ils avaient d’être ensemble, j’ai eu l’idée de faire durer le plaisir et nous avons donc invité les amis de Jun et Miyabi à se joindre à nous pour le souper.
Vous dire le bonheur qui se lisait sur leurs visages à tous… Impayable.
Nous avons bien mangé, Miyabi a fait découvrir le Nutella, dont elle raffole à sa copine Risa, puis mon épouse et moi nous sommes retirés en disant à Jun qu’il était chez lui et que ces gens étaient ses invités.
Pendant deux bonnes heures, nous n’avons rien compris de leur conversation mais nous entendions les éclats de rire fuser de toutes parts. Un moment de grand bonheur bien égoïste de ma part.
J’ai vraiment pris plaisir à leur faire plaisir.
Au départ, les invités se sont confondus en remerciements et en courbettes, ravis de leur soirée.
C’est à ce moment que j’ai réalisé ce qu’était la vie de ces athlètes et accompagnateurs.
Des vols d’avion interminables, une vie rangée, des entraînements, des matches et encore des entraînements. Peu ou pas de relâche et lorsque la défaite survient, un billet immédiat pour la prochaine destination qui est dans ce cas Flushing Meadows à New York.
Les plus chanceux sont logés dans des familles d’accueil, les autres doivent habiter une chambre de motel ou d’hôtel parfois exiguë et sans âme.
Tout ceci fait partie de la vie « glamour » des athlètes de haut niveau.
Vous me direz que les Roger Federer, les Rafaël Nadal et les Maria Sharapova de ce monde ne sont pas à plaindre et j’en conviens. Les sièges d’avion, hôtels et limousines sont plus luxueux et confortables mais l’entraînement, le jeux et l’intensité sont à un niveau tel que beaucoup sont appelés mais bien peu sont élus. Pour tous les Nadal et toutes les Sharapova de ce monde, il y a des centaines, voire des milliers de joueurs, disons moins connus, qui parcourent le circuit et poursuivent un rêve de jeunesse qui trop souvent s’éteint faute d’argent, de talent ou d’effort.
Loin de sa famille, de ses amis, de sa culture et de son environnement habituel, l’athlète poursuit avec abnégation son objectif malgré les difficulté car elles sont partie intégrante de son choix de carrière, c’est ce que l’on appelle les choix collatéraux.
Vouloir devenir un athlète de haut niveau ou désirer s’acheter une maison, ou poursuivre ses études à l’université ou quelque choix que ce soit demande de faire les sacrifices nécessaires afin d’y arriver. C’est ce que l’on appelle assumer ses choix.
Et parfois, avec beaucoup de talent et d’efforts, un peu de chance mais surtout avec une détermination à toute épreuve, la belle visite s’en retourne avec tous les honneurs. |