La claque rapide

Lorsque j’étais jeune, des méchantes langues diront : « il y a fort longtemps », je me souviens d’un ami qui avait donné à sa mère le surnom de : la mère à la claque rapide.
Elle avait cette propension, comme bien des mères de l’époque, à avoir la dégaine rapide en matière de taloches. Une chicane éclate, et vlan, une tape derrière la tête au plus proche. Ça donne l’exemple et calme les autres disait-on. La chose était à ce point répandue que parfois, comme le faisait si bien valoir Yvon Deschamps dans ses monologues, une mère corrigeait l’enfant d’une autre sans vraiment s’en rendre compte. Ma mère, heureusement, faisait exception à la règle.
Depuis quelque temps, j’ai l’impression d’assister à un retour en arrière.
Depuis que nous sommes rendus à l’ère de l’information instantanée on dirait que le plus important est d’annoncer la nouvelle avant de bien en saisir tous les aspects.
Et vlan! Le coup est parti et tant pis si on frappe le mauvais enfant, on s’excusera.
Après tout, on est en position d’autorité!
Les marchés boursiers qui s’écroulent puis qui s’emballent et s’écroulent à nouveau.
Les élections qui n’auront pas lieu puis qui ont lieu et la coalition qui se fera et ne se fera pas ou peut-être plus tard et finalement pas…
La Caisse de Dépôt, le coach du Canadiens de Montréal, la culture, GM, Chrysler, les élections fédérales, le papier commercial, alouette!
Tout y passe et à vitesse grand V dans le seul but d’annoncer quelque chose afin de mettre des têtes à la portée des mères à la claque rapide.
Je me souviens aussi du bon vieux temps où avant de lancer une nouvelle, elle était vérifiée, contre-vérifiée et finalement rendue publique de façon professionnelle.
J’ai l’impression qu’aujourd’hui ce temps est révolu. La rapidité avec laquelle la nouvelle est sortie a plus d’importance que sa véracité ou son fondement et c’est dommage.
Je ne souhaite évidemment pas retourner en arrière à l’époque de la grande noirceur mais il y a tout de même une marge entre les deux époques.
À quoi sert-il de détruire, entacher ou souiller une réputation inutilement si on n’a pas les deux côtés de la médaille? Quels sont les intérêts qui sont en jeu, qui en bénéficie?
Prenons le cas de Jean-Guy Chaput que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam et que je ne défends pas mais n’aurait-il pas été souhaitable de régler les choses de façon civilisées, légales et morales avant de le clouer au pilori? Et s’il le mérite, il sera toujours temps (pour ce que cela rapporte) de le faire en toute connaissance de cause ayant obtenus tous les détails au préalable.
Pire encore, il y a le dossier des résultats concernant les dépistages de différents cancers et des diagnostiques qui ont été posés.
En milieu de semaine, un bombe éclate : au delà de 30% de diagnostiques de certain(e)s patient(e)s seraient erronés et des traitements inappropriés auraient été effectués!!!
Le ministre enquête, certains médecins plus politisés commentent la nouvelle, rencontre extraordinaire entre tous les intervenants et finalement conférence de presse pour nous dire : fausse alerte, enfin pas tout à fait, nous continuons à vérifier certains cas… Non mais c’est quoi cette façon de traiter les gens?
À la quantité de personnes qui sont malades et visés par ces interrogations, n’y aurait-il pas moyen d’être plus sensible à leur égard?
Réglez la controverse de façon rapide et efficace et ensuite vous pourrez en annoncer la teneur.
Je ne peux qu’imaginer l’angoisse des gens qui ont subi des traitements graves et qui se demandent s’ils ont eu le bon. C’est à eux que vous devez des explications pas à nous.
Se donner des airs de transparence en créant des mouvements de panique ne me semble pas la façon la plus intelligente de gérer ni de régler le problème.
Ce n’est pas sans nous rappeler l’épisode hystérique de la Listériose qui a fait perdre des millions de dollars aux fromageries charcuteries et autres intervenants du domaine.
Alors, avant d’alarmer la population inutilement, prenez le temps de vérifier sinon… et vlan!