Chronique d’une mort annoncée

Rassurez-vous, je ne me lance pas dans la critique du livre de Gabriel Garcia Marquez. Il peut dormir en paix. Je voudrais plutôt vous entretenir d’un sujet épineux : la suffisance.
Vous savez, cette arrogance qu’ont certaines personnes ou entreprises à l’égard des autres comme si elles nous disaient : « hors de ma vue petites gens, laissez les grands s’amuser entre eux ».
En fait, je pense à G.M., cette immense compagnie automobile qui, autrefois faisait la fierté des américains et était le symbole de leurs valeurs, de leur économie, voire de leur mode de vie.
Chaque américain pouvait posséder sa G.M. à son image; gosse voiture clinquante, gros moteur, grosse consommation, gros moyens. Chevrolet, Pontiac, Oldsmobile, Buick, Cadillac, Saturn, chacun y trouvait son compte.
Dans les années 70-80, G.M. était la plus grosse compagnie au monde et l’entreprise qui la suivait avait environ le tiers de son chiffre d’affaires. G.M était « Big » et dictait la façon de faire aux autres.
Elle se moquait de ses compétiteurs tant européens que japonais.
Je ne vous rappellerai pas les quolibets sur les voitures japonaises traitées avec tellement de mesquinerie non seulement par le constructeur américain mais par sa population en général car ce serait déloyal de ma part.
Ne dit-on pas que l’on ne frappe pas un adversaire qui est par terre?
Je me souviens encore du slogan de Chevrolet : “The Heartbeat of America” traduction libre : Le pouls de l’Amérique. Hé bien, l’Amérique se meurt! 
D’ici quelques jours, G.M. aura officiellement fait faillite.
Pourquoi? À cause de sa suffisance, son manque de vision, son entêtement à vouloir avoir raison à tout prix et par dessus tout, son obstination à ne pas vouloir s’adapter au marché mais plutôt à tenter de le contrôler.
Quelle ironie de voir aujourd’hui la Toyota Camry devenir la voiture la plus vendue au États-Unis!
Alors que tous les autres tentaient de réduire la consommation des véhicules, amélioraient la sécurité, la fiabilité, les performances, étudiaient les méthodes alternatives telles les hybrides, les voitures électriques et autres, G.M. faisait des gorges chaudes sur sa domination du marché et se laissait tirer l’oreille.
Au lieu d’être en tête de peloton et montrer le chemin tel un leader, G.M. s’entêtait à créer des produits voués à l’échec à brève échéance comme le Hummer qui peut probablement être utile dans certaines circonstances bien précises mais qui n’a pas sa place en ville.
Cette compagnie a obtenu des subventions partout où elle s’est implantée et maintenant qu’elle a dilapidé son argent, vient nous supplier de l’aider afin de protéger les emplois.
Parlez-en aux 42 000 personnes qui perdront le leur si c’est pour protéger les emplois.
De toute façon, la production mondiale de voitures ne diminuera pas d’autant, c’est impossible.
Dans un marché véritablement libre, lorsqu’un compétiteur s’éteint, les autres prennent ses parts de marché jusqu’à ce qu’un nouveau fasse son apparition et vienne gruger la son tour parmi celles-ci.
Non, la réalité est tout autre, G.M. doit survivre pour que l’Amérique* sauve la face.
Pouvez-vous imaginer le symbole du capitalisme disparaître? Impossible.
J’espère seulement que les nouveaux dirigeants auront plus d’humilité que leurs prédécesseurs.
Dans toute cette saga, je ne peux m’empêcher de penser aux autres constructeurs qui n’ont pas demandé d’aide de l’état et plus particulièrement Ford, l’autre grand constructeur nord-américain qui se débat dans cette crise mondiale afin de survivre mais cette fois sans l’aide de personne.
Qu’en adviendra t-il? Que se passera-t-il si les ventes subventionnées de G.M. et Chrysler en viennent à faire diminuer celles de Ford?
Je ne suis pas un spécialiste de l’économie mondiale ni un expert en matière de retombées négatives en cas de pertes massives d’emploi mais ce que je sais cependant c’est que lorsqu’on fait de mauvais choix et qu’on paie la note, on est moins porté à faire les mêmes erreurs.

 

* lire les États-Unis.