Des choix collectifs   

En 2000, lors de mon tout premier voyage en France, j’avais été surpris par la gentillesse et l’amabilité des parisiens. Eux qui avaient la réputation d’être des gens exécrables aux humeurs aussi changeantes qu’un orignal en rut et aussi arrogants qu’un politicien en campagne électorale - toutes mes excuses aux orignaux pour la comparaison -, se montraient sous un nouveau jour tout aussi agréable qu’inattendu. Alors que j’en faisais la remarque - parlez-moi d’arrogance - à une préposée à l’accueil d’un centre d’information touristique, la gentille dame me sourit et dit : « Vous avez parfaitement raison, nous avions cette réputation mais nous tentons d’y remédier. Tout n’est pas parfait mais les efforts portent fruits. Voyez-vous, dans les années 80, nous recevions environ 42 millions de touristes à Paris et les chiffres avaient tendance à diminuer d’année en année. Une étude a été menée et l’un des facteurs retenus quant à cette réduction était notre accueil face aux touristes. Un haut dirigeant a fait comprendre à la population les bénéfices des retombées économiques du tourisme sur leur compte de taxes et comme par magie, les parisiens se sont mis à sourire ». J’ai trouvé l’explication amusante, un peu simpliste, certes, mais intéressante. L’année suivante, le 11 septembre, plus précisément, je me suis rappelé pourquoi je n’étais jamais allé à New-York. J’avais peur de cette ville, de sa réputation de violence, de corruption. J’avais l’impression qu’une promenade dans les rues de la Grosse pomme était une invitation au vol et à la violence. Je ne pouvais me résigner à même penser y aller. Ma fille qui adore New-York trouvait son père bien peureux pour un homme de sa stature, surtout comparée à elle. Elle y était allé à maintes reprises, s’y était bien amusée et surtout, elle ajouta : « Enfin, je peux dire que je les ai visitées, moi, les tours jumelles ». Marie-Eve me fit comprendre que les dirigeants, tout comme à Paris, avaient pris la décision de rendre la ville agréable et surtout invitante pour les touristes. Depuis ce temps, j’y suis allé à trois reprises, toujours avec un plaisir renouvelé. La dernière fois, c’était cet hiver, en famille, pendant le congé de Fêtes. Magie, féerie, sont entre autres, les mots qui me viennent à l’esprit. David et Marie-Eve, mes enfants, étaient partis à la découverte pendant que ma femme et moi nous reposions. Nous nous étions donné rendez-vous au restaurant Bubba-Gump sur Time Square. À l’heure prévue, j’étais devant le restaurant où attendaient des centaines de personnes. J’étais submergé dans cette mer humaine qui envahit Time Square à toute heure mais qui est particulièrement dense en soirée. Comment rejoindre les enfants sans mon cellulaire que j’avais laissé à la maison? (les vacances, c’est les vacances!) Depuis l’avènement des téléphones cellulaires avez-vous remarqué la diminution des cabines téléphoniques? À tout le moins sur Time Square, je n’en trouvais pas. je me suis donc approché d’un kiosque où l’on vend des souvenirs pour demander au préposé où je pourrais trouver un téléphone public pour rejoindre mes enfants. Sa réponse fut : « je ne sais pas mais où souhaitez-vous appeler? ». Je lui ai expliqué notre rendez-vous, etc., c’est alors qu’il sortit son propre téléphone cellulaire pour me le tendre à ma grande stupéfaction. Je lui ai expliqué que nous venions du Québec et que ce serait un interurbain et que je ne pouvais accepter. Il me l’a tendu à nouveau d’un geste affirmé en me disant : « J’insiste ». J’ai pris l’appareil, j’ai composé le numéro de téléphone de ma fille et pendant que la sonnerie résonnait au loin, j’entendis : « Le p’tit monsieur est-il perdu où cherche-t-il quelqu’un? », Vous l’aurez deviné, c’était ma fille qui m’avait rejoint sans que je ne m’en aperçoive. Pour remercier l’homme de sa grande générosité, je lui ai acheté un souvenir que je garde précieusement comme le gage de ma foi en l’Homme. Si des villes comme Paris et New-York peuvent choisir de s’améliorer, nous le pouvons tous.