Bonjour, je m’appelle Bernard et je suis…Certains d’entre vous ont reconnu la formule. Elle est presque universelle. C’est cette formule qui est employée pour se présenter « anonymement » dans un groupe d’entraide. Elle est utilisée chez les alcooliques anonymes, les cocaïnomanes anonymes, les narcotiques anonymes, les déprimés anonymes, les joueurs anonymes et la liste s’allonge sur autant de sujets que vous pouvez imaginer. Il y a des « associations anonymes » qui viennent en aide à des gens qui ont le même intérêt, et ce, dans des domaines aussi divers que la santé – toutes les maladies sont représentées ou presque – les loisirs, les pathologies, le travail, le sport, les arts, tout est matière à former un groupe anonyme, tout sauf le plaisir. J’ai cherché « épicuriens anonymes », rien, le néant. Et pourtant nous sommes des millions de personnes qui adorons les belles et bonne choses de la vie. Pourquoi diable n’y a-t-il pas d’association d’épicuriens anonymes dans ce cas. Parce qu’il n’y a pas de honte à être un épicurien me direz-vous? Il n’y a pas de honte non plus dans le fait de faire partie de quelque autre association anonyme non plus; d’autant plus que ces gens ont le courage de reconnaître qui ils sont et de poser les gestes qui échoient à leur situation. Non, je crois que la raison en est fort simple : un épicurien ne peut rester anonyme. Tout le trahit. Sa façon de parler, sa gestuelle, ses propos, la passion qui l’anime, tout son être vibre de jouissance à chaque fois. Une amie me regardait savourer mon repas et n’a pu s’empêcher de me faire cette remarque : c’est un tel plaisir de te voir déguster, on dirait une symphonie. Elle n’avait pas tort. À l’âge de 42 ans et 6 jours, le sort a voulu que je sorte vivant d’une expérience qui aurait pu me coûter la vie et à partir de ce moment, je me suis promis une chose : celle de vivre le moment présent comme si c’était le dernier et d’en apprécier chaque seconde. Depuis ce temps, tous les matins je me lève reconnaissant d’être encore là, heureux de faire partie de cette magnifique journée, quels qu’en soient la température, la météo, les conditions routières ou économiques. Je suis encore là prêt à jouir de la journée. Elles n’ont pas toutes été roses et belles comme dans un conte de fée mais elles se sont toutes terminées de la même façon : j’étais reconnaissant d’y avoir participé heureux à l’idée d’avoir progressé et enthousiaste à l’idée de recommencer à nouveau le lendemain. Le fait de vivre le reste de mes jours en épicurien a donné une orientation nouvelle à une philosophie que je voulais plus rationnelle; travail, réussite, loisirs, pension et finalement appréciation de la vie bien remplie. Peu de chose ont changé. À vrai dire, rien n’a changé … sinon l’ordre dans lequel je mets mes priorités. À 49 ans, j’ai pris ma retraite du monde du travail comme je l’avais toujours connu. J’ai décidé de faire ce qui me plaisait, d’entreprendre une nouvelle carrière. Je n’ai pas cessé de travailler, j’ai embrassé mon travail comme on embrasse une maîtresse, avec une passion dévorante que l’on croyait oubliée. Je me suis mis à apprécier la vie dans tous ses aspects y compris le travail et depuis ce temps, je ne travaille plus, je m’éclate. Je m’éclate aussi dans mes loisirs, avec mes amis, partout, toujours, je m’éclate. En ce moment, je m’éclate! Vous écrire est un rare privilège qui m’est permis et j’en apprécie chaque occasion. Est-ce pour autant le nirvana tous les jours dans ma vie? Non. Parfois, je me lève et mes articulations me font souffrir, je regarde fondre mes économies comme vous tous, j’entends, je vois les nouvelles et leurs lots de morts, de famines, de génocides, de guerres, bref, de malheurs et j’en suis attristé mais je me dis que je suis vivant et que si j’apporte ma contribution, aussi modeste soit-elle, à faire de ce monde un meilleur endroit où vivre, ma journée sera bien remplie. Si le cœur vous en dit, joignez-vous à moi pour former les épicuriens avoués. |
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